X-Men le commencement de Matthew Vaughn

X-Men Le Commencement

X-Men : Le Commencement, réalisé par Matthew Vaughn
Avec James McAvoy, Michael Fassbender, Kevin Bacon et Jennifer Lawrence
Scénario : Jane Goldman, Ashley Miller, Zack Stentz, Matthew Vaughn, Bryan Singer et Sheldon Turner
Durée : 2h10 / Date de sortie : 1er juin 2011

On peut dire que ces temps-ci Marvel se porte plutôt bien.

Des projets plein la tête (dont le très attendu The Avengers ou bien le reboot de Spiderman, tous deux attendus en 2012), que de succès ces temps-ci (grâce au rock’n’roll Iron Man notamment) et des films à la qualité artistique indéniable grâce à une énorme maîtrise des effets spéciaux. Mais il y a bien une série qui se portait mal avant la sortie d’un prequel, c’était X-Men. Elle faisait même sérieusement la gueule. Même si une nouvelle fois elle avait réussi un beau score grâce à X-Men Wolverine (180 millions de dollars de recettes rien qu’aux Etats-Unis). Malheureusement, le résultat artistique s’était révélé catastrophique et il fallait cette fois-ci du renouveau. En reprenant un nouveau départ, avec Matthew Vaughn à la réalisation, un retour de Bryan Singer cette fois-ci à la production et un nouveau casting, on était clairement très anxieux du résultat.

Et pourtant cette anxiété et cette peur de voir un simple prequel sans grande inventivité, disparaît au fil de la séance. Matthew Vaughn, réalisateur de l’audacieux Kick Ass, qui montrait que tout le monde pouvait devenir un super-héros, montre une nouvelle fois le talent qu’il a à rendre un film intéressant, et X-Men ne déroge pas à la règle. Pour dire, X-Men : First Class est un entertainment que l’on pourrait placer aux côtés d’un DC tel que The Dark Knight pour la virtuosité de sa réalisation et pour sa facilité à rendre des personnages emblématiques et charismatiques et aux côtés de Iron Man pour son côté rock’n’roll et vintage. Mais pourtant au départ, on y a pas vraiment cru. On va même dire qu’on traînait légèrement la patte pour le voir, en ayant peur de se faire arnaquer par le duo, pourtant alléchant, Fassbender-McAvoy, mais finalement les deux forment un duo fascinant, entre l’être torturé, Erik alias « Magneto », et Xavier, le professeur brillant et pacifiste. On va pas dire que les deux sont équivalent au niveau de la performance étant donné que c’est faux et que Michael Fassbender crève totalement l’écran.

Classieux, troublant, brillant, le monsieur fait le boulot, envoyant valser le vieux Ian McKellen, et s’imposant comme probablement le méchant le plus impressionnant de l’écurie Marvel. McAvoy, lui aussi réalise une bonne performance étant donné qu’il arrive à donner un ton humoristique au film grâce à son « charme » naturel. Le reste du casting, épatant de jeunesse et d’énergie, passe légèrement à la trappe malgré le très bon Kevin Bacon, véritable méchant du film, machiavélique derrière son regard de charmeur. Matthew Vaughn, déjà brillant derrière la caméra avec Kick-Ass, prouve que le mec en a sous le capot et va peut-être s’imposer prochainement, comme un blockbuster director à suivre.

Avec X-Men : First Class et sa musique menaçante et pleine de grandiloquence signée Henry Jackman (déjà co-auteur de la musique de Kick Ass), Vaughn réussit le pari de façon grandiose : réaliser un blockbuster vintage et époustouflant. Un savoureux mélange de James Bond pour l’ambiance et un véritable retour aux sources pour une saga que l’on croyait perdue. L’un des grands sommets de cette année 2011.4 étoiles et demi

Le complexe du castor de Jodie Foster

C’est en mai 2011, lors d’un passage éclair par le Festival de Cannes (question de pub…), que Jodie Foster a présenté fièrement son dernier bébé, Le complexe du Castor. Quinze ans que la madame n’était pas retournée derrière la caméra, probablement trop débordée à tourner des nanars à la pelle, mais pourtant selon la presse du monde entier (sauf chez les Américains qui arrivent plus à blairer le roi des gaffeurs, Mel Gibson), le Complexe du Castor (ou The Beaver selon nos amis les américains) avait tout de la bonne surprise.Ne croyez donc pas qu’avec une introduction agressive et bourrée de mauvaise foi, j’allais cracher directement sur le Complexe du Castor, mais ne croyez pas non plus que je vais crier au chef d’oeuvre car The Beaver pue les bons sentiments mais réussit à faire le boulot avec les moyens du bord.

Avec The Beaver, dès les premières minutes, on croit tomber sur une comédie. Une bonne en l’occurrence tant le personnage de Gibson fait marrer en dépressif. La mise en scène, plutôt épatante pendant une demi-heure, montre que Gibson en a encore sous le capot et qu’il peut aussi faire des rôles à contre-courant bien loin du misérable Hors de contrôle ou du cultissime Mad Max. Les premiers contacts entre lui et le Castor sont absolument jouissifs, mais le résultat capote rapidement, non pas à cause de la structure de la mise en scène de Foster (on sent que la madame s’amuse…) mais à cause de l’histoire et dans les personnages. Là où le film divertit, le film patine aussi. Les trente premières minutes, indispensables au film pour ne pas passer pour un drame pur et dur bourré de clichés, sont malheureusement les seules qui arrivent à faire tirer, ne serait-ce, qu’un léger sourire au spectateur. La suite virevolte entre le ridicule et l’acceptable. Les séquences sont répétitives à souhait et la crise d’adolescence entrepris par le personnage du jeune Anton Yelchin est au summum du ridicule. Yelchin, pourtant très bon dans des films comme Alpha Dog où il montrait l’image d’un ado rebelle et totalement perdu, ressort dans sa performance, tous les clichés du genre : le gamin qui tape dans les murs quand il est en colère, le gamin mal dans sa peau, etc… Tout ce qui peut emmerder le spectateur mais qui émerveillera les jeunes filles dopées aux histoires à l’eau de rose. Malgré cette mauvaise façon de voir les personnages, Judie Foster arrive à produire une mise en scène sympathique, malheureusement dénuée de cruauté -ce qui est bien dommage…-, arrivant à allier humour et véritable sens dramatique et, malgré les nombreuses répétitions et l’ennui qui s’installe au bout d’un moment, The Beaver est un film où la médiocrité est égale à la véritable réussite du film. En clair, Gibson est plutôt bon pendant tout le film, la fin est un peu foireuse (tout est bien qui finit bien, une happy-ending à l’américaine quoi !), la mise en scène de Judie Foster zigzague entre la véritable réussite d’avoir su allier l’humour et l’aspect dramatique sur un personnage totalement perdu et mal-mené par un castor fielleux mais le résultat fait aussi penser à un ridicule salmigondis tant la répétition des scènes énerve.

Puis, derrière cette mauvaise foi tordue et cette extravagante analyse, se cache malgré tout un divertissement acceptable qui confine parfois au déplorable, brisant le cœur des jeunes mielleux que vous êtes, en plus de remplir le porte-monnaie d’une Jodie Foster qui vous fera un petit clin d’oeil en cachette dès que vous aurez dédaigné acheter son DVD.

Les Aventures de Tintin : le secret de la licorne de Steven Spielberg

Spielberg, le maître du spectacle à l’américaine, dopé à la pyrotechnie et adorateur des nouvelles technologies, nous livre avec Tintin son premier film depuis trois ans après son Indiana Jones 4. Et le monsieur ne s’attaque pas à une simple bande-dessinée, mais à un mythe. Avec le Tintin de Hergé, en plus de réhabiliter à la motion-capture une œuvre mythique de la culture populaire, il réalise aussi un projet vieux de vingt-cinq ans. Ayant attendu durant ce quart de siècle que la technologie puisse se développer, il nous livre aujourd’hui un film divertissant et une merveille visuelle indéniable.

Le Tintin de Spielberg est d’abord une œuvre moderne qui a trop souvent tendance à tomber dans la structure hollywoodienne. Préférant se lancer dans un festival pyrotechnique au lieu de se lancer dans un authentique hommage au petit journaliste belge, Spielberg brille autant qu’il étonne. Tout d’abord, on peut dire que Tintin risque de faire grimacer les puristes. Loin des enquêtes sobres et fantaisistes menées par Hergé, Spielberg insuffle à son Tintin une âme de film d’aventures. Tintin est donc à conseiller aux personnes cherchant tout d’abord un film spectaculaire, et une fresque grandiose où la beauté visuelle explose dans les pupilles du spectateur. Et pourtant, la motion-capture, tant déplorée par les critiques, me plaît vraiment. Elle apporte peut-être un manque d’émotion sur les visages des personnages certes mais elle favorise nettement les scènes où il y a des explosions. Ce qui rend rapidement le tout très jouissif à regarder. De plus, grâce à cette motion-capture, le film devient alors très différent apportant une virtuosité et une fluidité à la mise en scène de Spielberg. Puis, la 3D, pourtant objet marketing pitoyable redoré par un certain James Cameron, prend une place très importante dans le film et une certaine profondeur dans l’image, qui rend le spectateur comme témoin des actions (la scène d’arrivée à Karaboudjan, Wouah!). Malgré tout, on retrouve les défauts du gros blockbuster c’est-à-dire une certaine vulgarité en trop et une authenticité perdue dans sa tentative d’adaptation fidèle. Mais pourtant, pendant ces presque deux heures, Tintin a de la gueule, mais la tentative d’affection pour les personnages ne fonctionne pas. Tout d’abord, Haddock montre un visage d’un homme détruit par l’alcool, mais Serkis, pourtant connu pour avoir tourner énormément de films en mo-cap, est brillant mais la fantaisie initiale du capitaine Haddock disparaît au détriment du côté nostalgique et dramatique. Jamie Bell, qui interprète Tintin, n’arrive pas à rendre son personnage charismatique et le gentil petit Tintin devient aussi froid qu’un Mister Freeze. Mais ce qui aura manqué à ce Tintin est peut-être ce manque de nostalgie. Puisque les scènes de flash-back sur l’ancêtre d’Haddock sont tout bonnement géniales (sorte de complément beaucoup plus réussi d’un Pirates des Caraïbes, où Spielberg réussit à réunir le spectaculaire et le spectateur).

Et même si Spielberg insuffle à un vent nouveau à l’univers très sobre de Tintin, son film n’en reste pas moins un Indiana Jones dans une version mo-cap où Spielberg maîtrise avec une main d’acier un univers visuel, pourtant déploré par les tintinophiles, donnant un aspect épique et une grandiloquence à son Tintin pour livrer une sympathique adaptation d’une bande-dessinée qui reste encore dans les mémoires de nombreux lecteurs. Puis, malgré la froideur des personnages et le fait que son adaptation ait un accent trop poussé sur le spectaculaire, Tintin fera forcément l’unanimité sur un point : sa force à faire palpiter le spectateur. En clair, une expérience ciné, au plaisir coupable, réussie mais qui a tendance à en faire trop, au mauvais moment.

Johnny English le retour de Oliver Parker : Nanar quand tu nous tiens…

 

Huit ans. Huit ans putain que le Atkinson n’avait endossé le fameux costume de Johnny English. Logique, le monsieur, connu et reconnu pour son rôle culte de Mister Bean, se fait de plus en plus rare. Et c’était avec une certaine excitation et une certaine appréhension qu’on attendait le retour d’Atkinson dans le rôle de Johnny English. Même si Johnny English était loin d’être un chef d’oeuvre, il était quand même plutôt super sympathique pour tout décérébré en manque de parodie sur l’autre espion de sa majesté, James Bond. J’y suis allé alors que le syndrome Tintin frappe depuis plusieurs semaines sur le box-office français et que le cinéma français ne cesse de se révolter (je parle bien sûr des succès du magnifique The Artist et de Polisse) depuis quelques semaines. Bien sûr quand on va voir Johnny English, il ne faut pas s’attendre à un scénario hyper complexe dans le pur style de Christopher Nolan (pour ne citer que lui), ni à l’émerveillement visuel à la façon de NWR.

Johnny English est clairement destiné à un public que l’on jugera de…différent. Mais pourtant, même en y mettant la plus grande volonté du monde à rentrer dans l’ambiance de cette suite tant attendue, le résultat sonne creux. Très creux.

Johnny English le retour aurait pu être tellement jouissif à regarder si la mise en scène et le casting du film n’avaient pas été si mal foutus. Oliver Parker, méconnu remplaçant de Peter Howitt, foire totalement sa mise en scène. Faisant plus penser à un téléfilm du dimanche après-midi ou à un film sorti en « Direct-to-Dvd », la mise en scène est apathique, catastrophique et sans originalité. Parker ne fait pas finalement que reprendre les idées de mise en scène de Howitt, il l’a copie intégralement. Et en plus de cela, la chute de Parker est aussi totale dans le choix des acteurs. On attendait le retour d’Atkinson avec impatience, mais sa performance est telle que le film ne devient plus qu’une grande désillusion s’inscrivant de façon féroce au panthéon des navets. Car Atkinson, apparemment en roue libre totale, ne cesse de faire le pitre pour tenter de façon déplorable de faire rire les 6-10 ans de la salle. Grimaces, quiproquos insupportables et incessants, c’est la recette d’Atkinson. Et ce qui était appréciable auparavant, nous montre que Atkinson n’a plus de recette miracle pour faire rire de façon plus…subtil. Les autres acteurs, pourtant relativement connus (Dominic West, Rosamund Pike, etc…), semblent totalement perdus dans le film préférant laisser la place à Atkinson. Une grosse erreur sachant pertinemment que la performance d’Atkinson est pitoyable. De plus, le contenu du film est totalement vide. Devenant une grosse machine blockbusterienne, cette suite perd le charme de son premier épisode pour laisser place à des effets spéciaux aussi moches que dispensables et une happy-ending déjà-vue, revue et re-revue ! Enfin bref, Johnny English le retour est probablement l’une des suites les plus inutiles de la comédie anglaise. Une parodie prétentieuse, truffée de gags insupportables, emmenée par un Atkinson en roue libre et par une mise en scène digne d’un téléfilm 100 % TF1. On continuera à gueuler sur tous les toits de France que huit ans pour attendre un tel résultat, c’est aussi incroyable qu’honteux.

Intouchables de Eric Toledano & Olivier Nakache

Chers lecteurs et lectrices, l’heure est grave. Pour vous dire, toute chance de survie est impensable. La comédie populaire n’a jamais été aussi mal qu’aujourd’hui, ce 2 novembre 2011.

Voilà bientôt cinq ans que le cinéma français, et plus particulièrement la comédie populaire à la française, ne nous a pas servi un excellent film. Le dernier en date était probablement le premier épisode des OSS 117 version Hazanavicius. Rappelez-vous, c’était cette énorme tranche de rire réjouissante de bout en bout avec un Dujardin génial. Mais voilà, il est l’heure du changement. Du gros bordel pour rappeler au cinéma français qu’il y a encore des amoureux du grand écran. Alors qu’il y a pas si longtemps que ça, Hazanavicius nous réjouissait avec son audacieux « The Artist », la comédie, la pure, la dure va reprendre des couleurs par des mecs auxquels on les attendait pas là. Eric Toledano & Olivier Nakache sont des réalisateurs qui ne me plaisaient pas particulièrement. Pour moi, ils ont toujours une vision de la comédie populaire un peu naïve, cherchant trop souvent à allier humour et famille. Ils ont foiré leurs deux derniers long-métrages, Nos jours heureux et Tellement proches, deux comédies destinées à la populace décérébrée mais avec Intouchables, le duo compte bien frapper fort.

Et le pari est brillamment gagné et le succès déjà assuré. Dès la scène d’ouverture, le duo offre une mise en scène béton.

Une course-poursuite hilarante emmené par un jeu de lumières fort intéressant sur une musique des Earth, Wind & Fire. Ca y est vous vous imaginez la scène. Ce n’est que le début d’une énorme tranche de rire, qu’il faut vivre au cinéma pour aimer. Imaginez vous maintenant une salle où il y a six cents personnes qui rigolent en cœur. On y trouve pendant près de deux heures un bonheur et une euphorie que je n’avais jamais vécu auparavant au cinéma. Comme si Intouchables était un film intouchable (pardonnez le jeu de mots), rassemblant toutes les classes sociales dans une seule et même salle. Intouchables tient aussi son charme dans son sujet, certes risqué et ultra-rabâché auparavant, où la force de l’amitié entre l’aristocrate et le jeune de banlieue fait passer paisiblement le sujet casse-gueule du handicap. L’autre force d’Intouchables, c’est qu’il arrive à mélanger, de façon très habile, l’humour et le côté dramatique. Car en plus de son handicap, cet aristocrate, magnifiquement interprété par un François Cluzet à la fois tout en retenu et très drôle, a un passé familial difficile. Un sujet qui reviendra souvent dans le film et qui apporte une émotion particulière au spectateur. En plus de cela, il y a le personnage de Omar Sy. Le jeune Omar, déjà vu dans les deux derniers longs-métrages du duo, livre une performance réjouissante apportant un côté irrésistible à ce jeune de banlieue, véritable rebut de la société sans cesse rattraper par son passé de criminel et qui désire du changement. Et malgré ces deux personnages qui mènent la vie dure, Intouchables est une sorte de « feel-good movie » à la française et un putain de bon film.

Intouchables est aussi une réunion sur le plan de la bande originale, d’un côté on y trouve la musique classique soutenue par l’aristocrate et de l’autre le funk et la soul soutenus par le personnage de Omar Sy. Cet ensemble, aussi improbable qu’original, forme une B.O assez intéressante.

Et si, Intouchables a déjà gagné son pari artistique, son succès commercial est quasiment garanti. C’est probablement ce que j’ai vu de meilleur, dans le domaine comique, cette année tant sur le plan scénaristique que sur le plan des interprétations (le duo Cluzet-Sy est incroyable d’humour et de sincérité) et quand on sort d’Intouchables, on a la banane ! A voir absolument.

The Green Hornet de Michel Gondry

 

Michel Gondry a su s’imposer, au fil des années, comme un réalisateur qui n’aime pas faire comme les autres. Il a su employer des acteurs dans des registres à contre-courant (Jim Carrey dans Eternal Sunshine of the spotless mind) et a su montrer qu’il avait la patte d’un réalisateur à la fois hors du commun et dans la profonde quête de l’originalité. Après nous avoir appris que tout le monde pouvait réaliser un bon petit film dans Be Kind Rewind, il livre un film qui sonne comme un message plein de tristesse (parce que Hollywood est au bord de la rupture artistique), au résultat qui à la fois étonne…et dépote.

The Green Hornet, ou l’appel à l’aide des grosses productions qui ne savent plus pondre un bon gros film où les rétines en prennent plein la vue et où la musique t’explose dans les oreilles. Et pourtant quand on regarde The Green Hornet, on se doute même pas que ce film 100% mister muscle est signé par Gondry, l’artiste qui a fugué la France après avoir découvert que Kad Merad et Arthur… ça peut faire des ravages. Pour son premier film sur commande, Gondry aurait pu nous livrer un film totalement bâclé. Un foutoir pyrotechnique qui aurait fait passer Gondry dans la case des réalisateurs qui, maintenant, se la pètent. Mais c’est l’inverse, avec The Green Hornet, Gondry s’amuse comme un enfant à tout faire exploser et il envoie, avec classe, valser tous les clichés du genre. Car si vous vous étiez imaginer voir un grand musclé en collants, au destin brisé et à la vie misérable, vous vous trompez. Brett Reid (Seth Rogen) est tout à fait l’inverse. Il est ce petit gros, richissime et fêtard, qui ne cherche qu’une chose : à se faire remarquer. Son fidèle acolyte, Kato (Jay Chou), est tout à fait l’inverse. Il est orphelin, a vécu une enfance difficile et il est brillant en arts martiaux.

Voilà les deux personnages principaux du film et quand ils sont ensemble, ils frappent fort. Le duo brille de mille feux, tel un Laurel et Hardy moderne, à travers des combats impressionnants visuellement mais qui sont malheureusement trop rares. Car The Green Hornet a beau être un film d’action pur et dur, mais il ne profite pas pleinement de cette ambiance hystérique et Gondry ne laisse que des miettes de son énergie et rentre trop facilement dans le cinéma hollywoodien à travers un festival pyrotechnique dispensable. Le scénario devient alors trop simpliste, devenant un combat inégal entre le Green Hornet et le méchant du film, Chudnofsky, interprété par un Christoph Waltz qui lui aussi réalise une performance moyenne. A la place de rendre son personnage hystérique (comme au début, avec la scène avec James Franco, hilarante), il le transforme en un égocentrique qui se prend pour un demi-dieu qui a tort sur énormément de sujets, certes, mais qui finit toujours par avoir le dernier mot. Mais s’ajoute malheureusement aussi la présence totalement inutile de Cameron Diaz à ce joyeux festin, jouant le même rôle depuis plus de dix ans, la « madame » qui ne se laisse pas avoir par les autres soi-disant parce qu’elle est plus brillante. Puis, dans une dernière demi-heure où le sympathique festin est à son apogée, le film part dans un bordel pyrotechnique au résultat attendu et peu surprenant, arrivant comme un point d’orgue logique pour un film hollywoodien.

 En clair, The Green Hornet est un film bien sympathique, rythmé et spectaculaire, emmené par un Gondry au summum de la classe, mais qui a tendance à rester le cul entre deux chaises, valsant entre la simplicité du gros film hollywoodien et entre la complexité visuelle qu’il apporte à son film.

The Artist de Michel Hazanavicius

Je ne vais pas vous mentir, chers lecteurs, mais j’ai attendu avec une impatience extrême, The Artist. Premièrement car le pari était osé, voire impossible. Le but : créer un film en noir et blanc et en muet. Un comble pour une époque où le public est dopé à la 3D et où les effets spéciaux rayonnent l’écran numérique.

Deuxièmement, car Michel Hazanavicius…c’est Michel Hazanavicius ! En clair, pour ceux qui ne connaissent pas encore son nom, c’est probablement l’un des réalisateurs français les plus intéressants du moment (avec bien sûr le très américain Michel Gondry). Alors que l’on croyait que Hazanavicius nous avait laissé le grand sourire aux lèvres avec les excellents deux premiers volets de la saga OSS 117, Hazanavicius ne fait plus qu’intéresser, il brille maintenant de milles feux avec The Artist.

Dès l’introduction, il impose le tempo.

Il ne veut pas seulement rendre un hommage au cinéma des années 20, mais il veut aussi montrer son amour pour le cinéma. Tout est très maîtrisé, de la musique omniprésente et pourtant si importante de Ludovic Bource (déjà à l’origine des musiques des OSS 117) jusqu’au choix du casting (un casting très américain pour montrer la puissance du cinéma américain à l’époque), Hazanavicius montre aussi le talent qu’il a dirigé ses acteurs. Je parle bien sûr de Jean Dujardin et de Bérenice Bejo, et même si je préfère nettement la performance de Dujardin, comme habité par son rôle de Georges Valentin, acteur qui vit mal de devenir un has-been et surtout vexé par le fait que le cinéma muet ne soit plus qu’une image du passé. Sa gloire passée devient alors une vie dans le chaos, la pauvreté et la tristesse. Mais dans ce petit bijou, on trouve aussi la ravissante Bérenice Bejo, qui passe du rôle de simple « OSS girl » au rang d’actrice importante. Pour dire, on la voit autant que Dujardin dans le film. Elle arrive à retranscrire une fraîcheur et un sourire au film faisant passer The Artist du rang de film dramatique au rang de comédie.

Sans oublier la scène finale, magnifique, pétillante et plutôt impressionnante de maîtrise, prouvant que Hazanavicius a respecté le pari jusqu’à la fin en laissant le spectateur, le grand sourire aux lèvres, ne demandant qu’une chose : une autre tournée.

The Artist a malgré tout quelques défauts, certes minimes mais remarquables, avec des irrégularités dans le rythme – car c’est vrai que l’on s’ennuie par moments… – mais aussi un scénario trop simpliste reposant sur certains clichés du film romantique. Mais, même si l’on lâche une ou deux larmes au milieu du film, The Artist reste une comédie audacieuse, emmenée par une mise en scène très réussie, émouvante et qui nous montre encore une fois que le cinéma de Hazanavicius peut encore s’améliorer et que, peut-être, il pourra nous offrir un grand film la prochaine fois. En attendant, on continuera à regarder The Artist pendant des années grâce à la performance éblouissante de Jean Dujardin en espérant qu’il triomphera peut-être aux Oscars en février prochain.

Drive de Nicolas Winding Refn

Drive

Drive, réalisé par Nicolas Winding Refn
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston et Ron Perlman
Scénario : Hossein Amini, d’après le livre de James Sallis
Durée : 1h40 / Date de sortie : 5 octobre 2011

En un peu plus de dix ans, Nicolas Winding Refn a su imposer son cinéma comme étant un cinéma dur mais beau et surtout très esthétique et esthétisé. En réalisant Drive, NWR veut frapper fort en signant une œuvre vintage, fragile et un hommage poignant aux films de série B. Et pourtant, il y a deux ans déjà, Refn signait, ce qui reste pour moi l’un des meilleurs films que j’ai vu depuis ces cinq dernières années, Bronson, biopic violent et hystérique sur le détenu le plus dangereux d’Angleterre (pas l’acteur moustachu, hein ?). Un film qui laissait déjà présager un avenir radieux pour le réalisateur. Puis, il revint, l’année dernière, avec l’étrange et abasourdissant Valhalla Rising avec son acteur fétiche Mads Mikkelsen. Sur ce film-là, je suis resté plus perplexe étant donné que la cruauté et la froideur des images m’avaient légèrement dégoûté.

Directement, Drive annonce la couleur ou plutôt à quoi il faut s’attendre lors de la première partie. Car l’on pourrait distinguer deux parties dans Drive : la première qui se nommerait “The Driver” étant donné que l’on apprend à connaître le personnage plutôt mystérieux de Ryan Gosling et la deuxième partie “La guerre est déclarée” qui montre la vengeance de The Driver. Drive est basé sur des références très 80’s et sur un silence montrant la tension présente à tout moment avec le personnage de Ryan Gosling. Et dès le génrique, NWR sort sa panoplie de références aux films de série B, cherchant à tout prix et avec un certain brio, à rendre son film élégant effaçant les nombreux clichés du genre et rendant son oeuvre comme un thriller teinté aux chansons volontairement féminines. Car, à la surprise générale, Drive n’est pas seulement réservé aux gros durs mais il est aussi conseillé aux femmes car Drive est aussi une romance particulièrement subtil. Cette romance entre Ryan Gosling, brillantissime en lonesome boy aux allures de Steve McQueen, et Carey Mulligan, divine et tout en retenue, apporte une certaine fragilité au personnage de Gosling lui apportant un charisme et une classe qui rappelle à certains moments le grand Marlon Brando. Puis, dans la dernière demi-heure, Refn s’amuse, revenant à ses premiers amours, c’est-à-dire la violence.

En une demi-heure, Refn balance avec une certaine barbarie toute l’hémoglobine qu’il a en stock (notamment dans la scène de l’ascenseur, étonnante contradiction entre l’amour et la brutalité soudaine du personnage accompagné par un magnifique jeu de lumière). A ce moment-là, tout dégénère, devenant une chasse à l’homme tendue finissant par une sorte de twist ending plutôt bien foutu.

Avec Drive, Nicolas Winding Refn signe un premier chef d’oeuvre, sulfureux mélange d’élégance, de violence et de romance emmené par un Ryan Gosling qui a tout pour devenir un grand, prouvant de manière incontestable que NWR en a encore sous le capot.5 étoiles

The Social Network de David Fincher

Sentez-vous cette fureur, chers lecteurs ? Cette noirceur et ce violon qui ne cessent de jouer entre eux ? Le visage patibulaire du violoniste et cette verve dans la façon de parler de la noirceur ?

C’est normal vous regardez The Social Network. The curious case of Benjamin Button était incontestablement le meilleur film de l’année 2009 (avec Bronson).

Cette poésie et ce lyrisme à tomber par terre m’avaient complètement séduit en plus d’un casting quatre étoiles étincelant de brio. Et alors que Facebook ne cesse de prendre de l’importance de la vie sociale de 500 millions de personnes, Fincher a eu une idée. Le roi de l’adaptation cinématographique (quatre de ses cinq derniers films sont des adaptations de livres) décide cette fois-ci de reprendre le brillant livre de Ben Mezrich pour mettre en scène un film sur Facebook. Ou plutôt sur son processus de création et les conséquences de cette création. The Social Network est surtout l’oeuvre d’un perfectionniste. David Fincher décide enfin d’aligner l’esthétisme et l’intelligence du scénario écrit par Aaron Sorkin pour livrer un film complet.

Dès la première scène, dialogue entre Mark Zuckerberg et sa petite amie en forme de ping-pong (c’est totalement délirant !), Fincher veut imposer le tempo du film. Il veut que ça aille vite et que ça fasse mouche. Les dialogues finement ficelés frappent fort, amusant parfois certes, mais cherchant plus à faire avancer « l’enquête ». Car on peut aussi trouver The Social Network comme une enquête. Pas aussi violente et bâclée qu’un épisode des Experts d’accord, mais cherchant à montrer point par point les étapes d’un processus qui a ravagé énormément de choses : l’amitié entre Saverin et Zuckerberg, le porte-monnaie de Zuckerberg en a pris un coup (mais on en s’en fout, il est milliardaire). Le film cherche aussi à montrer combien la vengeance de Zuckerberg, ce nerd habillé en jogging-claquettes, a été violente. Son personnage, interprété par un Jesse Eisenberg brillant, ne cesse de prendre du pouvoir et son ascension fulgurante montre aussi son arrogance et sa fragilité décuplaient. S’ensuit une tension qui ne cesse de grandir, la mise en scène de Fincher devient de plus en plus nerveuse voire très tendue et la musique de Trent Reznor et Atticus Ross prend une place de plus en plus importante. La tournure du film deviendra dramatique à la fin (Zuckerberg est seul de chez seul maintenant) et la conclusion relativement calme alors que l’on attendait quelque chose de furieusement violent. Et oui Fincher peut aussi surprendre…

Et même si le film n’est ni un film pro-Facebook, ni un biopic sur son créateur, il est néanmoins un drame où la violence des échanges et l’esthétisme de la mise en scène de Fincher s’allient pour former un ensemble parfaitement opaque, une œuvre complète, insaisissable et brillante une nouvelle fois signée Fincher. Un grand film quoi !5 étoiles